Pleaseletmedesign (PLMD) est un studio de design graphique basé à Liège et Bruxelles. Damien Aresta et Pierre Smeets, fondateurs du studio, déclinent la conception graphique avec une approche notamment basée sur le développement d’un langage fort autour de la typographie.
Pierre, Damien, parlez-nous de votre parcours…
Pierre. Saint-Luc Liège, ERG, travail. Damien et moi, nous nous sommes rencontrés à Saint-Luc. Au terme de nos études, on ne se sentait pas tout à fait prêt à se lancer. On n’avait pas l’impression d’être assez loin dans notre apprentissage. On a donc entamé un master supplémentaire à l’ERG (Ecole de Recherche Graphique) à Bruxelles. On a fait une année en typo et ça a été le déclic.
Damien. Les premiers jobs nous ont mis le pied à l’étrier. Pour ma part, avant Saint-Luc, j’avais fait deux ans de HEC et un an d’archi. Je suis aussi musicien et j’ai fondé le collectif Jaune Orange. Les groupes avaient besoin de pochettes et je me suis mis à travailler dessus. J’y ai pris goût et c’est là que j’ai entamé des études à Saint-Luc. Après les études, nous nous sommes installés à Bruxelles. Nos premiers clients ont été les contacts que j’avais dans l’univers musical. A Bruxelles, nous étions voisins d’un bureau d’architectes qui nous a proposé de collaborer dans le cadre de la biennale de Venise. Petit à petit, notre réseau s’est développé. Mais en parallèle du travail que nous faisons en tant que prestataires, nous avons toujours eu à cœur de garder du temps pour des projets propres comme le lancement d’une maison d’édition, la collaboration avec le Word magazine et moi, de garder du temps pour la musique.
Le thème du CreativeMornings de mars est « caché » (« hidden »), en quoi vous inspire-t-il ?
Damien. Pour moi, il y a deux types de graphistes. Il y a ceux qu’on pourrait appeler graphistes-auteurs. Les gens font appel à eux pour une certaine forme, un certain style qui leur est caractéristique et que l’on voit, que l’on reconnait. Et il y a ceux qui se mettent davantage en retrait au profit du sens, pour donner plus de place au sens qu’à la forme.
Pierre. Par définition, le travail du graphiste est caché, il est comme la partie immergée de l’iceberg. C’est pourtant un travail important sur la structure, sur la grille, entre autres, mais ce travail peut s’apparenter à du rangement. Quand on range bien, on donne l’impression que rien n’a été fait, que c’est comme ça que ça doit être, or il y a tout un travail difficilement quantifiable qui porte sur la structuration du message et du contenu. C’est un travail qu’on ne voit pas.
Damien. Le gros du travail, c’est de l’organisation. Nous avons travaillé sur plusieurs livres et la plupart de nos couvertures sont blanches. Le travail porte sur le contenu et sa structuration. L’idée n’est pas de donner à notre travail une dimension artistique. On est aux antipodes de cela.
Pierre. Et en même temps, le travail graphique fait l’objet du même genre de clichés que l’art contemporain. Certaines personnes ont l’impression que ce que nous faisons, elles pourraient très bien le faire elles-mêmes, que ça se résume à quelques trucs assez simple. Le fait est que le graphisme partage des points communs avec d’autres disciplines comme l’architecture ou le design, il se définit comme en creux par rapport aux autres pratiques. D’autres font donc des tâches semblables, mais c’est dans les détails qu’ont fait la différence.
Damien. On dit souvent que Dieu est dans les détails. Je ne crois pas en Dieu, mais je crois dans les détails.
Pierre. Parfois on passe un temps fou sur ce qui peut sembler ne pas être important et on nous dit « pourquoi vous faites ça, personne ne le verra », mais pour nous, c’est important.
Damien. On s’en fout si personne ne remarque. C’est comme un auteur qui passe un temps fou à choisir un mot plutôt qu’un autre. Il y a des tas de synonymes, de mots qui ont le même sens, mais l’auteur cherche le mot qui exprimera ce qu’il veut exprimer. On est alors au-dessus ou au-delà du sens, dans l’émotion peut-être, ce qui est ressenti, par forcément vu.