
Image: http://www.slideshare.net/afroginthevalley
En prévision de la conférence de Sylvain Carle prévue le 20 décembre 2013 à 8h00 au Centre PHI, nous lui avons posé quelques questions à propos de la culture « maker » et du processus de création.
Leading up to our talk with Sylvain Carle on December 20th at 8 am at the PHI Centre, we asked him a few questions about the maker movement and creating things.
Quelle a été votre première création lorsque vous étiez enfant ?
C’est probablement un vaisseau spatial en LEGO. C’était bien avant que les LEGOs avec des « formes » de morceaux de vaisseaux spatiaux soient sur le marché. À bien y penser, c’était un prototype 8bit 3D en pixels de plastiques des jeux vidéos de mon enfance/adolescence.
Qu’est-ce qu’évoque le mouvement « maker » pour vous ? Quels liens pouvez-vous établir avec votre propre métier | pratique ?
Ma traduction préférée de « maker » en français est « artisan ». Je sais qu’en français (et au Québec plus spécifiquement) le terme « artisanat » a une connotation péjorative, mais pour moi, l’essence des « makers » est celle des ébénistes, des orfèvres, des luthiers.
Le « maker » est un « hacker » de l’univers physique, c’est le juste retour aux sources du plaisir de faire, faire bien, faire mieux. En ce sens, la maîtrise de la technologie, des ses moyens, ses méthodes, ses pratiques, de sa culture, est similaire à l’artisan qui reconnait le grain d’une pièce de bois, qui sait comment chauffer un métal pour le rendre malléable, qui peut imaginer les sons qui pourraient émaner des matériaux bruts, qui sait ou les trouver, ou avec qui marchander pour se les procurer.
Quels facteurs ont, selon vous, contribué au cours des dernières années, à l’enthousiasme suscité par ce mouvement?
C’est un retour du balancier, de l’abstraction logicielle, du domaine d’idées, de l’intangible, nous assistons à un retour au matériel. Les conditions économiques plus difficiles sont l’une des pistes à explorer, ainsi qu’une réappropriation des objets, je classerais le mouvement des makers comme une opposition au consumérisme, à l’hyper-industrialisation, au « made in China » et aux magasins du dollar… L’objet durable, local, qui a une histoire, qui est attaché à son artisan, qui est unique, c’est ancré dans beaucoup de mouvements des dernières décennies. Le mouvement maker est en quelque sorte le « occupy things »…
Est-ce que vous vous considérez un « maker »? Si oui, en quel sens?
Oui, à divers degrés. Comme un apprenti, surtout, parce que faire des choses, pas juste y penser, c’est difficile. Bien faire, très bien faire, ça rends humble, ouvert aux autres qui font aussi, cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage. Je me décris comme idéaliste ET pragmatique, ça me vient de la culture des logiciels libres et des hackers internet, tout grand système qui fonctionne est un assemblage de petits systèmes qui fonctionnent bien indépendamment. « Small pieces loosely joined » comme dirait l’autre. C’est la philosophie de l’hypertexte, aussi, donc comme un assembleur, un intégrateur. Je ne suis pas un bon programmeur, mais je suis un bon patenteux, un gosseux. Je suis curieux et j’aime apprendre comment les choses fonctionnent. C’est beaucoup moins destructeur avec du logiciel qu’avec les multiples appareils que j’ai démontés dans mon enfance, rarement réussi à les faire fonctionner après, mais avec le logiciel, la copie de sauvegarde et les multiples itérations sont naturelles. Je pense le monde comme ça aussi, conscient que de défaire, parfois, ça implique la destruction et pas la création. Il faut autre prudent.
Sans entrer dans le détail de votre présentation, quels sont certains des liens que vous voyez entre culture et création?
C’est en fait le cœur de mon argumentation pour ma présentation de décembre. Il n’y a pas de vraie innovation, de vraie création, d’action, sans culture. Mais il n’y a pas de culture sans mémoire, pas de mémoire sans mythes, pas de mythes sans histoire. Et sans culture, pas de valeurs communes, pas d’identité forte, nécessaires à la création, à l’innovation.
Je vais explorer cette formule, avec des exemples de la culture de la Silicon Valley, et tenter de l’appliquer au Québec, à Montréal:
Histoire » Mythes » Mémoire » Culture » Valeurs » Identité » Action (Innovation).
L’élément le plus intéressant, ce sont les mythes. Ceux de la Californie sont bien différents de ceux du Québec, ça explique beaucoup de choses. Les mythes sont des « hacks » de mémoire, qui permettent de se raconter l’histoire, de former la culture. Comment cette séquence se poursuit, de la culture, aux valeurs, à l’identité, à l’innovation. J’aimerais explorer cette piste. Du moins, comme un coureur des bois, commencer à tracer les contours du territoire.
Est-ce que les facteurs qui influencent la création sont les mêmes, de Montréal à San Francisco ?
Je ne sais pas. Je dis ça en considérant que dans les 20 dernières années, j’ai à peine commencé à me poser ces questions pour Montréal, il faudrait que j’en discute avec des San Franciscains de souche autour de plusieurs bières pour commencer à comprendre, juste un tout petit peu, ce qui fait l’âme de San Francisco. Je commence à avoir quelques pistes, mais c’est une forme très floue… probablement à cause de la brume! ;-)
Est-ce qu’il y a quelque chose qui est « fait à Montréal » qui vous manque en Californie? Le faites-vous vous même ?
La réponse facile: la poutine. La réponse sérieuse: la musique, les mots, le théâtre. Bien que la culture américaine/californienne fasse partie depuis très longtemps de mes racines, la culture québécoise est au cœur de mon identité. Bien que marqué par Led Zeppelin et Jimi Hendrix, Robert Charlebois et Harmonium sont mes (vieux) hippies préférés. Bien qu’heureux du climat tempéré à l’année de San Francisco, la morsure du froid de l’hiver et la douceur du vent chaud de juillet me manquent. J’aimerais écrire plus souvent en français.