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Le MADcafé

Le MADcafé est une cafeteria peu commune, située au cœur de l’espace du musée Mad, dans le parc d’Avroy.

Intrinsèquement lié au Créahm (Créativité́ et handicap mental) qui offre aux personnes présentant un handicap mental un contexte de création artistique par le biais d’ateliers, le MADcafé est un lieu d’ouverture. Il est lieu d’exposition et de valorisation du travail des artistes handicapés mentaux, mais aussi de rencontres et d’échanges entre les publics et les membres du Créahm. Le MADcafé représente aussi pour des personnes au parcours de vie particulier (AWIPH, article 60, bénéficiaires du CPAS, membres du Créahm, étrangers sans papier…), la possibilité de s’inscrire dans un projet, de développer des compétences, par le biais de formations, de mises en situation et d’en retirer une forme de valorisation et de reconnaissance. Par ses missions, ses actions, le MADcafé permet de (re)tisser du lien social.

Aujourd’hui caricaturiste connu et reconnu, Pierre Kroll est né en République Démocratique du Congo, du temps du Congo belge. Il a étudié l’architecture et travaillé quelques temps dans ce domaine avant de bifurquer, milieu des années 80, vers le dessin, travaillant depuis lors, peu ou prou pour l’ensemble des titres de la presse belge. Pierre Kroll est aussi habitué des plateaux télé et radio. Ses travaux font l’objet d’expositions, de prix, de mise en valeur à l’étranger.

Pierre Kroll fait aussi partie de « Cartooning for Peace », projet initié par Jean Plantu (Le Monde) et les Nations Unies, qui tend à « promouvoir une meilleure compréhension et un respect mutuel entre des populations de différentes croyances ou cultures, avec le dessin de presse comme moyen d’expression d’un langage universel ». En 2013, l’Université de Liège lui a remis les insignes de Docteur Honoris Causa.

« Liberté », le thème de notre CreativeMornings de mai n’est pas un vain mot pour lui. Il nous en dit plus…

Que vous évoque le thème de la liberté ?

Mon métier de dessinateur de presse est curieusement, et on peut s’en étonner, celui qu’on rapproche le plus souvent du thème de liberté, plus encore qu’avec les journalistes ou les reporters. Plusieurs films sont d’ailleurs sortis sur le sujet, récemment « Caricaturistes – Fantassins de la démocratie » ou encore « Fini de rire ». Aux dessinateurs de presse, on pose régulièrement la question de la censure, même dans nos pays démocratiques. On me demande souvent si beaucoup de mes dessins sont refusés ou censurés. On donne aux dessinateurs de presse un rôle de révélateur du degré de liberté, de liberté d’expression et de liberté de la presse, même si ce n’est pas tout à fait la même chose.

Et que vous évoque le thème de la liberté par rapport à la créativité ?

La liberté de création est plus grande dans le dessin de presse que dans le dessin en général. Il y a un besoin de se renouveler en permanence. Et je ressens personnellement ce besoin de ne pas refaire la même chose, que les dessins ne soient jamais les mêmes, pour éviter l’ennui. J’accorde donc de l’importance au fait de garder une certaine liberté, pas seulement sur le fond, mais aussi dans la forme, une liberté de trait. Même si je fais une erreur, par exemple en dessinant une main proportionnellement trop grande ou trop petite par rapport au corps, je préfère ne pas corriger et garder cette part de liberté. Le dessin de presse est un dessin plus libre.

Pleaseletmedesign (PLMD) est un studio de design graphique basé à Liège et Bruxelles. Damien Aresta et Pierre Smeets, fondateurs du studio, déclinent la conception graphique avec une approche notamment basée sur le développement d’un langage fort autour de la typographie.

Pierre, Damien, parlez-nous de votre parcours…

Pierre. Saint-Luc Liège, ERG, travail. Damien et moi, nous nous sommes rencontrés à Saint-Luc. Au terme de nos études, on ne se sentait pas tout à fait prêt à se lancer. On n’avait pas l’impression d’être assez loin dans notre apprentissage. On a donc entamé un master supplémentaire à l’ERG (Ecole de Recherche Graphique) à Bruxelles. On a fait une année en typo et ça a été le déclic.

Damien. Les premiers jobs nous ont mis le pied à l’étrier. Pour ma part, avant Saint-Luc, j’avais fait deux ans de HEC et un an d’archi. Je suis aussi musicien et j’ai fondé le collectif Jaune Orange. Les groupes avaient besoin de pochettes et je me suis mis à travailler dessus. J’y ai pris goût et c’est là que j’ai entamé des études à Saint-Luc. Après les études, nous nous sommes installés à Bruxelles. Nos premiers clients ont été les contacts que j’avais dans l’univers musical. A Bruxelles, nous étions voisins d’un bureau d’architectes qui nous a proposé de collaborer dans le cadre de la biennale de Venise. Petit à petit, notre réseau s’est développé. Mais en parallèle du travail que nous faisons en tant que prestataires, nous avons toujours eu à cœur de garder du temps pour des projets propres comme le lancement d’une maison d’édition, la collaboration avec le Word magazine et moi, de garder du temps pour la musique.

Le thème du CreativeMornings de mars est « caché » (« hidden »), en quoi vous inspire-t-il ?

Damien. Pour moi, il y a deux types de graphistes. Il y a ceux qu’on pourrait appeler graphistes-auteurs. Les gens font appel à eux pour une certaine forme, un certain style qui leur est caractéristique et que l’on voit, que l’on reconnait. Et il y a ceux qui se mettent davantage en retrait au profit du sens, pour donner plus de place au sens qu’à la forme.

Pierre. Par définition, le travail du graphiste est caché, il est comme la partie immergée de l’iceberg. C’est pourtant un travail important sur la structure, sur la grille, entre autres, mais ce travail peut s’apparenter à du rangement. Quand on range bien, on donne l’impression que rien n’a été fait, que c’est comme ça que ça doit être, or il y a tout un travail difficilement quantifiable qui porte sur la structuration du message et du contenu. C’est un travail qu’on ne voit pas.

Damien. Le gros du travail, c’est de l’organisation. Nous avons travaillé sur plusieurs livres et la plupart de nos couvertures sont blanches. Le travail porte sur le contenu et sa structuration. L’idée n’est pas de donner à notre travail une dimension artistique. On est aux antipodes de cela.

Pierre. Et en même temps, le travail graphique fait l’objet du même genre de clichés que l’art contemporain. Certaines personnes ont l’impression que ce que nous faisons, elles pourraient très bien le faire elles-mêmes, que ça se résume à quelques trucs assez simple. Le fait est que le graphisme partage des points communs avec d’autres disciplines comme l’architecture ou le design, il se définit comme en creux par rapport aux autres pratiques. D’autres font donc des tâches semblables, mais c’est dans les détails qu’ont fait la différence.

Damien. On dit souvent que Dieu est dans les détails. Je ne crois pas en Dieu, mais je crois dans les détails.

Pierre. Parfois on passe un temps fou sur ce qui peut sembler ne pas être important et on nous dit « pourquoi vous faites ça, personne ne le verra », mais pour nous, c’est important.

Damien. On s’en fout si personne ne remarque. C’est comme un auteur qui passe un temps fou à choisir un mot plutôt qu’un autre. Il y a des tas de synonymes, de mots qui ont le même sens, mais l’auteur cherche le mot qui exprimera ce qu’il veut exprimer. On est alors au-dessus ou au-delà du sens, dans l’émotion peut-être, ce qui est ressenti, par forcément vu.

www.plmd.me

Ben Fury, parlez-nous de votre parcours.
J’ai commencé le break dance à Bruxelles, en 1997, 98, aux Galerie Ravenstein, un endroit mythique pour le break à l’époque. J’ai commencé à la fois par envie et par frustration par rapport à mon parcours scolaire chaotique. J’étais à l’école de dessin et je faisais aussi du graffiti. A l’époque, quelques compagnies de danse ont commencé à s’intéresser au break. L’une d’elle m’a fait une proposition et depuis 15 ans maintenant, je vis de la danse. Lorsque je faisais du break, j’ai fait beaucoup de compétitions, j’ai même été payé lors de ces compét, mais jamais je n’aurais pensé que la danse pourrait être un métier. A 24 ans, je me suis sévèrement blessé au niveau des cervicales. Si je n’avais pas eu un pied dans la danse contemporaine, j’aurais arrêté la danse. Au contraire, j’ai pu aller plus loin. La danse contemporaine m’a ouvert à d’autres choses. Elle a changé ma manière de bouger, de voir les choses. Elle m’a apporté une autre structure et développé mon langage chorégraphique.

C’est quoi pour vous, être rebelle ?
Le côté rebelle fait écho dans mon parcours au graffiti et au break. Tous les deux sont une forme de rébellion par rapport aux structures, à la famille, à l’école. L’histoire du hip hop elle-même est liée à la rébellion.Comment décririez-vous le côté rebelle dans votre travail ?
La richesse que le break m’apporte crée un certain clash avec les attentes de la danse contemporaine. Par exemple, il y a beaucoup d’improvisation dans le break. C’est vital même. On ne fait pas deux fois le même mouvement. La danse contemporaine ne fonctionne pas de la même manière. Elle est régie par d’autres principes. L’improvisation y est plus étudiée. Ce contraste, je le vis. Ça crée des situations particulières, en répétition notamment. Du break, j’ai gardé une certaine nonchalance. J’ai gardé ce truc qui rend les choses un peu compliquées. Les chorégraphes aiment travailler avec moi, mais on me reproche mon côté indiscipliné, pas assez concentré. Le côté rebelle que j’ai, ce n’est pas de dire fuck au chorégraphe. C’est d’être fondamentalement nourri par l’impro du break, de l’utiliser comme un jeu et un moteur, jusque dans les répétitions très cadrées de la danse contemporaine. Ça crée un choc dans les façons de faire, un choc de langage, mais c’est une richesse.Venant du break dance, est-ce qu’on peut dire que vous êtes moins «  formaté  » qu’un danseur dont le parcours est plus traditionnel ?
Par rapport à des danseurs pros qui ont étudié la danse contemporaine, il me faut plus de temps pour réaliser des mouvements, mais mon bagage m’amène à être moins formaté, oui. Ça peut être frustrant pour moi, mais c’est aussi une immense liberté que j’ai. Les danseurs pros ont suivi un enseignement, passé des examens, des auditions, ils ont été notés. Le système de notes, ça n’existe pas dans le break. C’est comme quand j’allais à l’école de dessin et qu’à côté, je faisais du graffiti. J’étais coté par mes profs pour mes dessins et j’avais du mal à comprendre. Dans le break, ce qui donne de la valeur à ce que tu fais, c’est avant tout ton propre ressenti, le fait qu’à un moment donné, tu te sentes prêt à évoluer dans le cercle, à rentrer dedans. Ça peut sembler prétentieux, mais dire qu’on a son propre style, c’est indispensable dans le break. Dans le break, tu entres dans le cercle et là, tu assures ou pas. Si tu n’assures pas, on te le fait sentir, mais ce qui donne de la valeur à ce que tu fais, ce n’est pas une cote, c’est le geste, c’est l’entrée dans le cercle. C’est une liberté immense et c’est avec ce moteur que je fais de la danse contemporaine.


Le break dance serait-il par excellence, rebelle ?
Je fais le lien entre le côté rebelle et le côté marginal. Tant qu’on considère le break comme une danse en marge, il porte un côté rebelle. A la fois, le break a une vraie place et il est marginal. C’est une danse relativement jeune. Le break a quelque chose comme 36 ou 37 ans. Il n’y a pas eu de travail sur le vocabulaire chorégraphique pour la scène. Le break a une vraie signature, mais sur scène, elle perd sa force. Et puis le break, on n’en fait pas un métier. Il n’y a pas d’école et physiquement, c’est extrêmement dur. A 22, 23 ans, un breaker est au sommet, mais difficile de continuer au-delà de 26 ans car le corps ne suit plus. Souvent les breakers, aussi talentueux qu’ils soient arrêtent pour trouver un travail. Si on veut persévérer, faire de la danse son métier, il faut remettre en question son statut de breaker. Moi, j’ai l’occasion d’en vivre, par le biais de la danse contemporaine et aujourd’hui, je considère chaque création à laquelle je collabore, chaque rencontre avec un chorégraphe comme une école.
Ce qui est dommage, c’est que peu de chorégraphes utilisent les breakers dans ce qu’ils ont de plus riches à apporter. Beaucoup tentent d’esthétiser le break, or ça revient à tenter d’esthétiser l’inesthétisable ! C’est comme s’ils essayaient de cuisiner à base d’aliments qu’ils ne connaissent pas, or la richesse, elle vient du décalage, de la rencontre avec la marge. Il ne s’agit pas d’essayer de la transformer. C’est ce que les grands chorégraphes parviennent à faire. J’ai eu la chance d’en rencontrer plusieurs, comme Fatou Traoré qui a su combiner la liberté du break dance avec le free jazz.
Et à l’inverse, comment la danse contemporaine est-elle perçue par les breakers ?
Dans ma génération, pas mal de breakers voyaient d’un mauvais œil, la transition vers la danse contemporaine. Pas mal de clichés circulaient. On pensait que la danse contemporaine, ça consistait à se jeter par terre. Ça nous paraissait facile. Ce n’était bien sûr qu’une vision caricaturale. Je me suis vite rendu compte que ce qui nous semblait simple était en fait beaucoup plus compliqué. J’ai eu la chance de rencontrer des chorégraphes qui m’ont guidé dans le travail au niveau spatial. J’ai aussi beaucoup appris par la curiosité qu’a suscitée en moi l’approche du travail au sol en danse contemporaine. Le travail au sol est fondamental pour le break, mais il est très important aussi dans la danse contemporaine. Les gestes, les mouvements sont différents. Cet apprentissage a été très motivant. Celui du jeu sur les variations aussi. Dans le break, il y a d’innombrables mouvements, tous très bons, mais pour en faire un spectacle, il faut parvenir à remuer les codes. A l’inverse, la danse contemporaine parvient à créer une immense richesse dans la variation sur un, deux ou trois mouvements. Le travail de Rosas en est un excellent exemple.
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Propos reccueillis par l’équipe Creative Mornings / Liège

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